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08 mars 2014

La plus belle crevette du monde

crevette

Je ne vous raconte pas de blagues : c'était bien la plus belle crevette du monde qui est apparue devant nous sur un plateau de laque noir, le soir du 22 février, à Sushi Mizutani (Ginza, Tokyo), un des rares sushiya gratifiés de trois étoiles au Michelin. Huit couverts au neuvième étage d'un immeuble impossible à repérer dans une ruelle de Ginza, carnet de réservation plein pour plusieurs semaines. Mais cela faisait pas mal de temps qu'on en parlait. Enfin, ce soir, grâce à mon amie Chihiro, qui connaît bien la maison, j'étais initiée au sushi très haut de gamme. 

sayori 

Le sayori (aiguille de mer) est un petit poisson fin très apprécié en sushi en raison de sa texture légèrement croquante. Notez l'élégance de la pliure du filet et la grâce nonchalante de sa posture sur la boulette de riz. C'est à des détails comme celui-ci qu'on distingue le sushi d'art. Une forme de cuisine qui, comme toute vraie cuisine, gomme les limites, efface les contradictions, anéantit la dialectique. Il n'y a plus de conflit entre le beau et le bon, il n'y a même plus de séparation entre ces deux principes. L'un est au service de l'autre et réciproquement. Les deux se confondent. C'est une des grandes leçons que m'a enseignées ce séjour d'une grosse semaine au Japon. En effet, la gastronomie japonaise n'est jamais tout à fait une inconnue pour un Européen qui s'intéresse à la cuisine, d'autant que cela fait plusieurs décennies qu'elle ensemence régulièrement la gastronomie occidentale et notamment française. Mais c'est une chose de l'approcher en Europe ou en Amérique ; c'est tout autre chose d'aller à sa rencontre sur sa terre natale et d'en faire l'expérience en relation avec la culture et les gens qui l'ont créée. Une évidence ? Oui, mais la mise en pratique n'est jamais une évidence. L'exploration culinaire exige d'avoir un peu de sable, de terre, de neige ou d'algues collés à ses semelles. Clin d'œil affectueux à Cami Oger et à son blog Le Manger, je pense qu'elle sait de quoi je parle.

uni

 Uni, oursin japonais, frais, gras et crémeux, un régal, et certainement l'un des produits marins que je préfère au monde. Non photographié : nous avons commencé le repas par de gros morceaux de très gros ormeaux cuits au bouillon, tendres, fondants et sucrés, sans l'élasticité caoutchouteuse que les cuisiniers européens semblent favoriser dans la cuisson de ce coquillage. Perso, je préfère de loin la manière asiatique. De même, pas de photo pour les généreuses tranches de saba (maquereau mariné au sel et au vinaigre) que nous présente, en sashimi, M. Mizutani en début de repas, insistant particulièrement sur la beauté du poisson ce jour-là. Et oui, c'est vrai, il est beau. Beau et bon (voir plus haut), et les pièces de poisson sont généreuses : on en a plein la bouche, on mâche lentement, rêveusement, réprimant mal de petits cris de gorge.

saké septime

Il faut boire, aussi. Osons le saké ! C'est le moment où jamais. M. Mizutani sert depuis longtemps un seul saké (ci-dessus, photographié à Paris), car c'est celui qui s'harmonise le mieux avec tous ses produits marins. Chihiro m'avait déjà fait connaître ce saké : très pur, rond sans être sucré, aérien, presque neigeux, traversé de petits fragments de feuille d'or. Nous commandons une fiole de cette cuvée du patron ; en effet, il forme un accord parfait avec les denrées accommodées par les mains sensibles de M. Mizutani. La preuve sur le terrain.

saké

 Mais depuis peu, M. Mizutani sert un second saké, que nous décidons de goûter. Il est légèrement moins aérien, d'une trame plus dense que l'autre, mais très parfumé. Notez la petite fleur en feuille d'or au fond de la coupe. On l'avale avec la dernière gorgée.

anago

L'anago (anguille de mer, pas exactement un congre, comme on le verra plus bas) cuit et laqué est un grand moment : copieusement tassé sur son petit lit de riz, c'est une merveille de fondant, de saveur, de générosité.

vuegénérale1

 Évidemment, comme toujours, cela procède de deux facteurs principaux : savoir-faire du chef, sélection des produits. M. Mizutani nous a proposé une visite du marché de Tsukiji, à quelques minutes à pied de son restaurant, après notre retour de Kyôto et Karuizawa. En fait, plus qu'une visite, ce sera un trekking à travers le marché, en s'efforçant de ne pas perdre la trace d'un M. Mizutani qui fait au pas de course, comme chaque matin avant le service, la tournée de ses fournisseurs. M. Mizutani ne marche pas si vite que ça, mais avoir un appareil photo sur soi est une tentation permanente : débrouille-toi pour viser, cadrer et exposer en trois secondes, le pas suspendu en l'air, afin de ne pas casser le rythme de la marche. Vous excuserez donc un peu de flou.

vuegénérale2

 Et donc nous voilà trottinant à travers Tsukiji à 7 heures du mat' pétantes, après un réveil laborieux à 5 heures. La veille, nous nous sommes tapé des vins italiens sublimes (dont un guado al tasso 1997) au restaurant Bulgari, le regard fixé tantôt sur le paysage nocturne de Ginza, tantôt sur les superbes assiettes du chef Luca Fantin (j'y reviendrai), et je devrais normalement avoir l'état de conscience d'un ours réveillé au fond de sa grotte, mais cette balade me donne la pêche. Il faut l'avoir pour suivre le convoi, prendre des photos et ne pas se casser la figure sur les pavés humides.

sardines

 On parle depuis des années de transférer Tsukiji à la périphérie de la ville, mais rien n'a encore été fait, et si des rumeurs parlent encore de démolissage imminent, rien n'autorise vraiment à penser que les carottes sont cuites pour Tsukiji. Première observation : le marché n'a pas changé, n'a pas bougé d'un poil depuis mon passage précédent en 2005. À un détail près : on y voit moins de thon. En 2005, le thon était partout, les couperets chauffaient à blanc, partout d'énormes tronçons de viande rouge tombaient des lames de couteaux géants et l'on voyait les hommes empoigner chacun un bout de la grande scie pour débiter les monstres marins. Ce matin, le thon se fait plus discret. N'incriminons pas trop vite les problèmes modernes (surpêche, crise, etc.), il y a d'autres facteurs.

Quoi qu'il en soit, c'est toujours le même bazar humide et fascinant, la même course entre les caisses de polystyrène et les poissonniers occupés à la découpe ou au filetage, ces produits extraordinaires à la fraîcheur éblouissante : langues d'oursin grassouillettes, crabes velus, sérioles vert-argent, poulpes retournés, poissons, poissons, poissons… C'est toujours, à la périphérie, ces dangereuses voiturettes à pare-chocs arrondi lancées comme des boulets de canon dans toutes les directions, ces échoppes d'articles exceptionnels (coutellerie, herbes et légumes, algues, bonite séchée) — et toujours, dans les coins, ces boui-bouis devant lesquels des files d'attente interminables s'allongent dès les petites heures du matin. 

kraken

 C'est aussi des tentacules de calmar géant (pour l'échelle, je précise que la caissette en polystyrène est grand format).

laitance

 C'est un superbe poisson qui déballe ses savoureuses tripes (tripes qu'à Kyôto on m'a servies en tempura, Dieu que c'était bon !).

ginger

 Et ce sont aussi des produits végétaux de toute beauté, herbes et condiments : regardez-moi ce gingembre jeune.

wasabi 

Ça, c'est la photo wasabi indispensable. Non que j'y tienne particulièrement, mais il faut penser aux fétichistes des produits japonais, assez nombreux dans la communauté foodie parisienne, et aucun post Tsukiji ne saurait se passer de la photo qui les fait hurler en levant les bras : "Hiiiiiiiii ! Du VRAI WASABIIII !". Voilà, vous l'avez eue votre photo, maintenant on passe à autre chose. Merci.

katsuo

 Plus abstraite, plus intéressante aussi, cette image de transaction commerciale autour de filets de katsuobushi (bonite séchée) entiers. Évidemment, il faut la râpe appropriée, car le filet est plus dur que du bois dur. Un bon rabot d'ébéniste peut-être ? Chihiro et moi, pas vraiment dans le trip boîte à outils, nous achetons de la bonite déjà taillée en copeaux. Le marchand nous en fait goûter. C'est trop bon, avec des accents à la fois marins, noisettés et carnés qui ne sont pas sans rappeler un très bon jambon pata negra.

assistant 

Retour au shopping de M. Mizutani. Bien entendu, un des fournisseurs clés sera le pourvoyeur de thon. C'est une étape de première importance. Il faut se poser, rester un moment. Le second de M. Mizutani apprécie, avec nous, un petit bol de thé vert.

bols à thé

On a mis pour nous une planche sur le bac réfrigéré afin d'y poser nos bols à thé. Hélas, le bac est désespérément vide. Aujourd'hui, il n'y a pas de thon. Cela fait quelques jours que ça dure. M. Mizutani ne se fournit qu'en thon japonais, pêché dans les eaux territoriales. Malheureusement, les conditions météo sont mauvaises et la marchandise fait défaut.

arêtedethon 

Pas loin, une arête solitaire raconte l'histoire.

thon

Ce n'est pas qu'il n'y ait pas de thon au marché, il y en a... Mais pas celui qu'exige M. Mizutani. C'est aussi simple que ça.

M

 Sans se laisser abattre, le chef sushi se dirige vers son fournisseur de crevettes — la crevette d'anthologie en tête de ce post, c'est lui, enfin c'est lui qui la lui procure. Voici Monsieur Crevette, rendons-lui hommage.

ormeaux1 

Quel est le secret des ormeaux de M. Mizutani ? Des ormeaux de plongée, sans doute. Et leur taille parle d'elle-même. Ainsi que le toucher expert des doigts du chef sur la chair des mollusques.

breakfast 

On a fini les courses, il est temps de prendre le petit déjeuner (il est 8 heures). Nous le prenons dans le seul boui-boui de Tsukiji qui ne soit (théoriquement) pas blindé de monde dès les premières heures : Yachiyo, coincé entre deux sushiya. Sa spécialité, c'est le poisson pané et frit. Nous crevons la dalle, Chihiro et moi, et il se trouve qu'exceptionnellement Yachiyo est plein à craquer, sans doute parce qu'on est samedi matin. Donc nos deux accompagnateurs font honneur aux dames (chouette, non ?) et attendent sagement dehors pendant que nous nous installons au minuscule comptoir et que nous choisissons notre menu sur les photos scotchées au mur. Ce sera un assortiment de poissons et d'autres fruits de mer (chinchard, crevette, anguille de mer, huître). C'est riche, c'est bon, c'est croustillant, c'est frais… En particulier, je ne suis pas près d'oublier ces huîtres panées. Oooh. Rien que d'y penser.

ormeaux2

 Heureusement, nos deux amis sont venus s'asseoir près de nous très vite, et nous nous sommes régalés ensemble. Une fois repus, nous nous rendons au restaurant de M. Mizutani pour prendre un café et assister à un peu de mise en place. D'abord, les ormeaux. Là encore, quel est le secret ? Il semble bien qu'il n'y en ait pas. Les coquillages sont bouillis une heure, environ, et même pas à petit frémissement : ça bout franchement et avec insouciance.

saba 

Les maquereaux au sel reposent derrière le comptoir.

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Invitée par M. Mizutani, j'assiste à un peu de découpe de poisson. La précision du geste s'accompagne d'une sorte de sobriété, presque de nonchalance. Il y a tant de métier derrière cela, on sent que la main est désormais guidée par le "sens", le feeling, le qi du poisson et de son anatomie. Ici, le chef lève les filets d'un anago. C'est là que je me rends compte que le mot "congre" ne saurait traduire ce terme. D'abord, le poisson est très petit. Ensuite, il n'a pas la peau épaisse et visqueuse du congre. C'est une créature plus frêle. 

anago2 

Il pourrait d'ailleurs nous en dire davantage, mais le poinçon qui le cloue à la planche à découper lui a coupé le sifflet.

arpètes

Pendant ce temps, deux jeunes apprentis — arrivés le matin même, c'est leur premier jour — examinent attentivement les opérations en cuisine afin de ne pas en perdre une miette. On entend presque l'expérience, le savoir entrer dans leurs esprits. C'est touchant.

fugu fins 

Et moi, qu'est-ce que j'ai acheté à Tsukiji ? Des algues kombu, du katsuobushi, et un cadeau pour un copain barman (qui se reconnaîtra) : des nageoires de fugu (diodon) pour faire du saké au fugu. (Alain, je te donnerai les nageoires et la recette la prochaine fois qu'on se verra. J'ai loupé les macérations bizarres lors de mon voyage en Chine, il fallait bien que je me rattrape.)

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22 février 2014

L'art délicat du grignotage

chou-wabbit

Ce soir vers 17 heures, nous sommes censés manger les meilleurs sushi du monde, donc normalement nous devrions avoir passé la nuit et la matinée en jeûne et en prière. Oui mais je t'en fiche : après un petit déjeuner multidirectionnel (œufs brouillés bacon saucisse + congee aux algues salées + croissants + fruits), Kyoko propose une balade dans Ginza à la recherche d'un boîtier photo à prix copain. Formidable, me dis-je, au moins je ne serai pas tentée de manger. Et voilà le travail : premier arrêt, un magasin de choux. Rose, framboise, oreilles de lapin en chocolat blanc, et message universel : Happy Sweets. Nous partageons. C'est léger, peu sucré, subtil, c'est bon.

anpan

Puisque nous passons devant Kimuraya, Kyoko propose d'acheter des anpan, petites brioches fourrées à base d'un levain aux ferments de riz qui leur donne un goût très spécial, comme alcoolisé. Je choisis un anpan fourré d'une épaisse gelée d'abricot, c'est remarquable. 

melons

Bien sûr, impossible de louper les melons à 12 600 yen (pas loin de 100 euros).

Voilà, autant le reconnaître, toute résistance est inutile. Et tout peut être un art, y compris le grignotage. Nulle part ailleurs qu'en Asie cette vérité n'est mieux comprise et nulle part ailleurs en Asie qu'au Japon. Ça prend même parfois des allures de trollage (voir dernière photo). Je n'ai pas acheté le GX7 convoité pour cause de menus uniquement en japonais. Un peu déçue, j'entre (sur invitation de Kyoko) dans le grand Muji de Yurakucho, parce qu'il y a un rayon épicerie paraît-il épatant. Juste pour voir, rien acheter, évidemment. Au bout d'un quart d'heure je m'aperçois que je suis en train de dévaliser Muji et je décide qu'on s'arrête là. Mais tout de même, encore un sachet, le petit, là, les cookies fraise-vanille qui sont si mignons.

cookies

 Il faut bien céder à quelques tentations dans la vie, on ne peut pas rester éternellement vertueux. La vie est faite de flux et de reflux, d'ombres et de lumières, de contrastes. Pas vrai ? La spirale incessante de la vie, représentée opportunément par les petits cookies fraise-vanille. C'est d'ailleurs pour ça que je les ai achetés. Si, si !

 plumcracker

Le printemps approche, tout est en mode fleur de cerisier ou fleur de prunier. Ces crackers de riz à la prune sont excellents, légèrement salés et floraux.

squid

Ça, ce sont des filaments de calmar séché et ça vient de me faire le déjeuner de midi, arrosé d'une gorgée de saké au yuzu et de saké à la prune (ci-dessous).

flavored sakes

kelp

Même les lamelles de kombu séché et salé se mettent en mode prune.

daifuku

Petits daifuku mochi trop chugnux à la fleur de cerisier.

drycod

J'ai gardé le meilleur et le plus WTF pour la fin : des snacks de morue séchée au mascarpone. On pourrait continuer longtemps comme ça. Mais à un moment donné il faut savoir se maîtriser.

 

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21 février 2014

Pour commencer, un oden à Ginza

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En 2005, quand j'étais partie avec Olivier Maynard dans un grand périple asiatique pour l'écriture du livre L'Asie des frères Pourcel, la même humidité avait accompagné mon embarquement à Roissy. Je note qu'on peut toujours compter sur les vents tourbillonnants à la descente sur Narita, mais cette fois je me suis cramponnée à mes accoudoirs et le throw-up bag est resté sagement dans sa poche kangourou avec les écouteurs, la bouteille d'eau à moitié vide et les magazines aériens.

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Vol sans histoire, comme on dit. Ah si, une histoire : parmi les grignotages proposés par Japan Air Lines, il y avait un sachet de natto séché. Je ne savais pas qu'il existait une chose pareille. Ça ressemble, bêtement, à des grains de soja secs un peu fripés. C'est un natto sans fils ni glu, un natto qui s'excuse, qui s'est lavé et essuyé pour faire plaisir à la belle-mère. Je suis en vacances : pour une fois, je me suis accordé une dispense de goûter. Je ne l'ai même pas photographié, j'avais peur que mon digne voisin de rang (j'étais la seule gaijin à bord) ne me prenne pour une foodie. Et puis je dois avouer que je n'aime pas le natto et que sa dessication ne me paraît pas une raison suffisante pour contourner ça. Ci-dessus, la lune, l'aile du Boeing, et comme le jour est en train de se lever, je pense qu'on survole la Mongolie ou quelque autre patelin où il fait très froid.

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Pas dormi : je ne dors jamais dans les avions. C'est ballot, je suis toujours à ramasser à la petite cuillère quand j'arrive. Mais cette fois, le temps sec et radieux, le ronron soyeux du limousine bus qui m'emmène à Tokyo et un bon bain en arrivant à l'hôtel m'ont à peu près recousue en quelque chose d'humain. Assez en tout cas pour que je m'aperçoive que j'ai faim. Nous voilà partis dans Ginza en quête de sustentation.

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Nous allons manger un oden dans un tout petit resto du genre "il faut vraiment savoir que ça existe pour y aller". C'est très bon. Un assortiment de choses pochées au dashi à base de pâte de poisson, du daikon bouilli qui est vraiment une de mes choses préférées sur terre, des pousses de bambou, des nouilles de konjaku, le tout avec un brin de moutarde japonaise et d'un condiment au piment vert : c'est just what the doctor ordered, pile poil ce qu'il faut manger en descendant d'un vol long courrier.

 

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Il y a même du tori karaage (ci-dessus au menu, kawaii le poulet non ?), du poulet frit, très tendre. Quelques udon pour nous caler, un bouillon d'huître, un bouillon d'algues, une petite bière fraîche. Nous sommes contents.

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Oh mais que vois-je ? dit Chihiro. À un carrefour, nous tombons sur une petite carriole éclairée d'une lanterne. Elle dégage de la chaleur et une odeur de caramel très identifiable. "Les voilà, les patates douces !" C'est bien le parfum magique de la patate douce rôtie, flottant un peu partout en Chine et au Japon. Malheureusement les patates ne sont pas prêtes, le fourneau ronfle et rougeoie mais n'est pas ouvert. "On ne va pas attendre, dit Chihiro. D'autant qu'on n'a plus faim." Elle a raison. Le mieux en effet est d'aller au lit, parce qu'on aura d'autres occasions de manger au cours de ce séjour hivernal au Japon. C'est un euphémisme.

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02 janvier 2014

Trois petites oranges

paysage

À voir ainsi ces paisibles paysages du haut Zhejiang à la fin du mois de décembre,
on aurait du mal à croire qu'il y fait si froid. Et pourtant...

Ce n'étaient que trois jours de reportage dans les montagnes du Zhejiang, à Gong Geng Shu Yuan — l'école d'agriculture et d'arts traditionnels de mon ami A Dai, près de Suichang ; mais cette courte période de travail s'est révélée une des plus physiquement éprouvantes de ma vie. À moins 6 degrés, même le soleil ne réchauffe pas. Le chauffage central (par climatisation inversée) ne parvient pas à tiédir l'air glacé des grandes chambres traditionnelles de style Ming et leur grandiose hauteur sous plafond. Les cloisons donnant sur le jardin sont en bois, le vent s'engouffre entre les panneaux et réfrigère les magnifiques parquets en bois dur poli. Mais l'architecture Ming n'y est pour rien ; et même l'hiver n'y est pas pour grand-chose. Rien de cela n'aurait d'importance si je n'étais pas arrivée malade.

Déjà, peu après mon arrivée à Guangzhou, je me suis empressée d'attraper le premier virus qui traînait : c'est une habitude, je n'ai pas les anticorps, et entre mes passages en Chine il y a forcément des updates de virus. On a soigné ça à la va-comme-je-te-pousse, et je suis déjà pas brillante en arrivant à Hangzhou. Une fois à Suichang, j'ai presque totalement perdu ma voix. A Dai, toujours très paternel, dévalise en un quart d'heure la grande pharmacie locale dont nous sortons lestés d'un flacon de Milian Chuanbei Pipa Gao, sirop pectoral au pipa, à la fritillaire et à l'écorce d'orange (Jing : "Tu veux celui avec venin de serpent ou celui sans venin de serpent ?" Moi : "Je sais pas, tu me conseilles quoi ?" Réflexion. Jing : "Sans venin de serpent, c'est mieux.") Plus des sachets de Yinhuang Keli, une infusion au chèvrefeuille, et quelques pilules dont j'ai oublié la composition. Nous arrivons à Shu Yuan et nous prenons nos quartiers d'hiver dans les chambres Ming glaciales ; A Dai diffuse ses ordres : "Faites-lui une tisane de feuilles de pipa. Apportez-lui une infusion de gingembre." Etc. Les bols fumants sont déposés dans ma chambre. L'infusion de gingembre, noir d'encre et adoucie au sucre candi, est du genre à réveiller un mort. Le lendemain, je n'ai plus de voix du tout. A Dai envisage de me plonger dans les sources chaudes curatives des environs, de l'autre côté du lac, si ça ne s'arrange pas vite. Pourquoi pas, si je ne me transforme pas en glaçon humain dès mon entrée dans les bains publics ? Car les bains sont en plein air...

chaufferette

Ce monsieur de Huanniling, le petit village adossé au domaine d'A Dai, fait la démonstration
de la chaufferette locale, en bambou tressé. Elle contient un récipient en métal rempli de braises,
les braises sont recouvertes de cendres et un grillage protège le tout.
On se promène les poignets sous l'anse, les doigts posés sur le bord de la chaufferette.

Donc, le lendemain après déjeuner, constatant que je suis incapable de travailler l'après-midi, je sollicite le chef de remettre ses préparations au lendemain. Je remonte dans ma chambre et je m'effondre. Malade, malade, malade. Je ne viens même pas dîner. On s'inquiète; on m'apporte un autre bol de décoction de gingembre. Ouille ! ils l'ont faite forte, cette fois. Rien à voir avec la première. Ils ont mis la dose, il faut croire que mon état inquiète sérieusement A Dai. Le bol est énorme, on pourrait y prendre un bain de pieds. Je ne peux siroter que deux ou trois petites gorgées à la fois de ce bouillon d'onze-heures, ce truc c'est du feu. Et entre deux gorgées, je vois des étincelles et la tête me tourne. Si ça ne me tue pas, ça va me guérir, non ?... Je me force à tout ingurgiter : c'est bon pour ce que j'ai. Au milieu de la nuit, je suis réveillée par un mal de tête phénoménal, épique, la chanson de Roland des céphalées, une migraine sus-orbitaire gauche qui me fend la tête et me retourne l'estomac comme une chaussette. J'essaie tout : la douche brûlante, la chope d'eau chaude, le frottis de gorge au manche de brosse à dents pour vider mon estomac dans lequel il n'y a rien : heureusement que ma chambre  est tout au bout du domaine, isolée des autres habitations, sinon tout le monde m'aurait entendue feuler comme un tigre blessé à 2 heures du mat' (vous avez déjà entendu feuler une aphone ? Il faut avoir entendu ça une fois dans sa vie. Moi-même, le lendemain, je m'en émerveille encore.)

Bon, voyons les choses en face : en fait, je veux mourir. Je suis loin de chez moi, dans des montagnes au milieu de nulle part, dans un pays dont je ne comprends pas la langue, en pleine nuit, il fait moins 6 dehors — et pas tellement plus dedans, c'est ça le drame —, je viens de rater une journée d'un projet de la plus extrême importance, et j'ai tellement mal que je ne sais plus à quel saint me vouer. Ce n'est que le lendemain matin que je comprends ce qui vient de se passer : cette tisane de gingembre à assommer un bœuf. Le puissant pouvoir détoxifiant du gingembre démultiplié par la concentration du breuvage. À Paris, à New York, les minettes commandent un jus de concombre et appellent ça "détox", mais c'est de la couillonnade. Le vrai effet détox, c'est ça : migraine éblouissante, foie en vrac, idées de fin du monde. Rien de grave, mais il faut que ça passe. Je m'inquiète : ça pourrait durer deux ou trois jours. Je ne vois pas ce qui peut me sauver. À 7 heures je me rends compte qu'il ne sert à rien de rester au lit. Debout ou couchée, ça fait tout aussi mal et j'ai tout autant envie de mourir. Je n'ai plus aucune énergie et c'est avec une extrême difficulté que je m'habille. Je prépare mon sac photo en mode zombie. Je mets cinq minutes à lacer une chaussure. Ça ne va pas bien du tout, du tout. Peut-être si je mangeais quelque chose ? Après tout, je n'ai rien mangé depuis le déjeuner de la veille et j'ai avalé la potion au gingembre l'estomac vide. Je descends à la cuisine avec la démarche du monstre de Frankenstein. Les villageois et les assistants de Dai que je rencontre en route me disent gentiment bonjour sans avoir l'air de constater mon air pas frais, mais je suis sûre qu'ils se demandent de quel côté je vais tomber. Une fois à table, je ne peux rien avaler. Je suis proche de l'évanouissement.

oranges

C'est alors qu'elles me tombent du ciel, dans un pot mijoteur en terre de Yixing. Totalement imprévues, elles viennent se poser devant moi.
Je soulève le couvercle et je découvre trois petites oranges dans un bouillon chaud. Le parfum qui s'en dégage est céleste. Interloquée, charmée, je regarde fixement ces trois oranges qui semblent me dire "Nous sommes ce que tu attendais." On m'explique : "Ce sont des oranges de Suichang, il faut manger l'intérieur et boire le bouillon. C'est très efficace contre la toux." Je devine aussi que c'est très bon pour les estomacs retournés. Le bouillon, couleur d'or pâle, est délicatement acidulé et adouci au sucre candi. C'est un délice. Fortement attendrie par la cuisson, la peau des oranges cède sous la pression d'une cuillère en porcelaine. Je grignote un peu de zeste d'orange archicuit et je déguste la chair qui se dissout dans le jus. Ce n'est plus un délice, c'est un régal absolu. Avant même d'avoir fini le pot, je sens une vague de chaleur envahir mon visage, la vie me revient et le mal de tête s'efface. Mon esprit se remet en marche, mon corps retrouve son énergie. À partir de ce moment, tout commence à aller mieux. Ce sont trois petites oranges qui m'ont sauvé la vie.

Recette : lavez et essuyez soigneusement trois petites oranges, mandarines ou clémentines bio bien fermes. La peau ne doit avoir reçu aucun traitement chimique. Avec un couteau, pratiquez une ouverture ronde de 1 cm de diamètre au sommet de chaque fruit et insérez-y quelques morceaux de sucre candi (de canne). Déposez les trois oranges dans un pot mijoteur. La recette cantonaise d'origine veut qu'on n'ajoute pas d'eau, les oranges cuisent dans leur jus. Ici, elles sont juste couvertes d'eau de source. Couvrez le mijoteur, posez-le dans une marmite sur un trépied métallique, ajoutez de l'eau au tiers de la hauteur du pot, couvrez et faites cuire sur feu très doux pendant environ 3 heures, en vérifiant le niveau d'eau dans la marmite. Les oranges doivent être très tendres, la peau parfaitement ramollie. On mange tout : la peau et la chair, et on boit tout le jus. Souverain contre les refroidissements et les estomacs malmenés.
Merci, A Dai, et merci Jing, qui lui a donné la recette. Et bonne année 2014 à tous !

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31 décembre 2013

Un marché cantonais et la soupe qui s'ensuivit

1 chat

Brrrr, il faisait froid très froid dans les montagnes du Zhejiang, où je viens de passer la semaine. Nous sommes rentrés à Canton ce matin : changement total de musique, 18 degrés et des hirondelles partout. Je vous reparlerai du Zhejiang, mais aujourd'hui nous allons faire un petit tour à Canton, au marché de Jiang Nan Xi (c'est la station de métro la plus proche, je ne connais pas le nom du marché), sans autre intention que de nous promener. Mais on a peut-être aussi une petite idée en tête, comme il arrive en visitant un marché.

kumquats

Les fruits de saison, en ce moment, ce sont les agrumes. Ici des kumquats.

pomeloshop

 C'est donc aussi la saison du pamplemousse chinois, qui est en quelque sorte le cochon des agrumes : tout se mange. Y compris la partie blanche cotonneuse entre zeste et chair, que l'on fait mariner au sel (photo ci-dessous).

pomelo rind

pomelo

Le pamplemousse vrai (ne disons pas "pomelo", appellation réservée au fruit plus petit et plus juteux souvent importé de Floride) a le cuir épais, et la peau des segments est aussi protégée d'une membrane très solide. C'est pourquoi, dans cette échoppe uniquement consacrée au pamplemousse, les fruits sont vendus déjà pelés, prêts à éplucher segment par segment. Si vous voulez qu'on enlève aussi la seconde peau, c'est possible. Ainsi, cette dame au charmant sourire m'a offert un segment épluché qui était juteux et parfumé : le goût de l'hiver cantonais.

boucher

3 bœuf

 Tout est très bien organisé. Le coin boucherie se subdivise en coin cochon, coin bœuf, coin mouton, coin volailles... Nous faisons un tour par le quartier bœuf afin d'acheter des os pour faire un bouillon (Jing fait une soupe à l'oignon). Les pièces joliment parées attendent à leurs crochets.

tendon

 À côté de ce cœur de bœuf tout frais, dans la plaque, des tendons de bœuf soigneusement nettoyés. Fabuleux dans les soupes, indispensables dans le phó, fondants en gyûsuji avec une pointe de moutarde... Mmmmmm...

abalones

abalone cleaner

En fait, l'idée derrière la tête, c'est Jing qui l'a, pas moi. Je préfère, s'il s'agit de cuisiner cantonais. Et je suis ravie de la voir s'arrêter auprès de ce marchand d'ormeaux. Ce ne sont pas de gros ormeaux, ils font à peu près la longueur de mon index, mais justement c'est ça qui est bon : on peut en acheter beaucoup. Et Jing en achète beaucoup, parce qu'on va les cuire dans la soupe de poulet. Le marchand nettoie les ormeaux selon une méthode particulière : il retire les viscères entre la coquille et le pied, mais il laisse le pied attaché à la coquille. Ainsi, l'ormeau peut aller tout entier dans la soupe où l'effet esthétique de la coquille nacrée sera vivement remarqué.

la soupe

Quelques heures plus tard : ceci, mes chers amis, c'est tout simplement la reine, l'impératrice des soupes de poulet.
Ingrédients et méthode : un beau poulet cantonais bien ferme, bien pattu, à la crête bien développée, découpé en morceaux ; du travers de porc (non pas l'extrémité osseuse mais l'extrémité tendre) en petits morceaux ; du gingembre, de la racine de shi hu (Dendrobium nobile, une orchidée médicinale) qui donne un bon goût et une texture riche au bouillon, en plus de nourrir le yin du rein, de combattre la sécheresse des muqueuses et de fortifier la partie inférieure du dos (je vous le donne tel que je le trouve). Une pincée de sel, de l'eau pure, mijoter tout ça sur feu doux le temps qu'il faut pour un bouillon de poulet (en se rappelant tout de même qu'ici, les poulets sont des sportifs), et quarante minutes avant de servir, ajouter les ormeaux. C'est indescriptiblement bon. Oui, vous aussi vous pouvez le faire. Débrouillez-vous pour trouver le shi hu mais surtout pour trouver un poulet qui tienne la route.

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20 décembre 2013

Congee congee congee !

Balcon

Home at last!
Ci-dessus, notre petite rue cantonaise vue du balcon de ma chambre. Le temps est radieux, c'est émouvant de retrouver la luminosité brumeuse de la Chine du Sud, si photogénique. La température extérieure se site entre très glagla la nuit et une dizaine de degrés le jour. Eh oui, c'est ça les climats subtropicaux qui se révèlent complètement tropicaux en été : l'hiver, on reste tropical et on se caille dans les maisons parce qu'elles ne sont pas chauffées. Alors pull-overs, chaussettes, couvertures chauffantes (merci Mama, ça m'a sauvé la vie cette nuit), douches bien chaudes. Le bonheur, carrément.

peanuts

Ça commence par peanuts. Contrairement à mon habitude et au mépris total de mon abonnement miles Air France, je n'ai pas volé sur la compagnie nationale cette fois (c'est mal) mais sur Cathay Pacific, en ayant gardé un excellent souvenir depuis ma randonnée asiatique du printemps 2005 pour le livre de Jacques et Laurent Pourcel (reportez-vous à avril-mai 2005 sur ce blog pour retrouver ces aventures mais je vous préviens, ça ne nous rajeunit pas, ni vous ni moi). Verdict : pas mal, c'était mieux avant. J'attire toutefois votre attention sur le fait que sur Cathay, on donne encore des cacahuètes grillées en snack : je croyais que c'était devenu introuvable sur la terre entière en raison des allergies. Voilà qui me fait grand plaisir, d'autant que ce sont des cacahuètes chinoises (je reconnais le goût). Vous vous en foutez ? Mais non. Vous ne vous en foutez pas. C'est impossible.

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HKairport2

Hong Kong Airport, 6 heures du matin, dans un des lounges dotés de la plus belle vue au monde. Le soleil se lève. Ma première aube asiatique depuis longtemps (un an et demi). Mon âme est lyrique et mon estomac gronde. Mettez-vous d'accord, vous deux. Comment ça, non ? En fait mon estomac gronde en un langage intelligible, il dit congee congee congee. Malheur ! Mon connecting flight pour Guangzhou est dans une demi-heure chrono et je dois absolument trouver du congee.

Pourquoi ? me direz-vous. Je vous explique : les plateaux sur Cathay Pacific n'ont plus leur splendeur d'antan, et qui pis est, quand le chariot passe enfin, l'hôtesse m'annonce qu'il n'y a plus de repas chinois. Me faire ça à moi, comme dirait Zazie (celle du métro). C'est bœuf-carottes-purée et je râle intérieurement. Le contenu de la barquette est attendu : mystery meat, carottes-grelots presque crues, purée qui ne sauve pas l'ensemble. Je n'y touche qu'à peine. Je crois ne pas avoir faim, mais en fait mon estomac est frustré, il boude sur un mode passif-agressif : je ne suis pas vraiment malade mais un peu patraque. Jusqu'au service du petit déjeuner, quand on me donne enfin le choix entre omelette-bacon et congee. C'est à peine si je n'empoigne pas l'hôtesse par les bras : "Congee !" Sur le plateau, trois dés d'ananas et deux cuillerées de congee tiède aux lamelles de porc. Je suis sauvée : c'est bon, c'est réconfortant, mon estomac soudain se réconcilie avec moi, mais ça reste deux cuillerées. Quand je débarque à Hong Kong, il s'est réfugié dans mes talons. Alors il faut trouver du congee, c'est une question de survie.

preciouscongee

Les démons, ou les anges, qui sait, placent précisément sur mon chemin, entre la porte 28 et la porte 45 (par laquelle je dois prochainement embarquer), une échoppe de la chaîne Precious Congee. Des parfums célestes en émanent. Le menu ne laisse aucune ambiguïté : congee aux boulettes de porc, congee au poulet et à la saint-jacques séchée, congee au porc émincé et au foie de porc, congee à la crevette géante et au porc, congee au bœuf haché, congee aux tripes, congee au crabe et à l'ormeau, il y en a d'autres mais si vous n'aimez pas le congee, il y a aussi des cheung fun (rouleaux de riz), des beignets, des nouilles et des soupes. Le tout préparé sur demande.

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Oui mais, car il y a un mais, je n'ai pas d'argent. J'ai des euros mais pas le temps de les changer. J'ai une carte bancaire et — là encore, c'est l'œuvre des démons du congee : un distributeur bancaire à portée de main. En deux temps trois mouvements j'ai commandé un congee au bœuf haché, qui vient garni de cacahuètes et de ciboule. Comme la maison est généreuse, il arrive avec une assiette de cheung fun saupoudrés de sésame at no extra charge. J'ai exactement sept minutes pour manger mon congee.

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Congee, congee, petit, petit, viens voir maman.
Je vous explique : cette préparation culinaire à base de riz longuement cuit dans une grande quantité d'eau ou de bouillon est un miracle gastronomique absolu. C'est la providence des malades, des convalescents, des traumatisés, des frigorifiés, des jetlaggés ou tout simplement des gens qui débarquent à Hong Kong entre deux avions. Ça remet debout les systèmes digestifs les plus tyrannisés, ça calme les appétits les plus paradoxaux et le mental le plus perturbé, ça prouve aux plus sceptiques l'interconnexion du corps, de l'esprit et de l'âme, et c'est peut-être la démonstration la plus éclatante du génie culinaire chinois par son côté instant medicine. Dès la première cuillerée vous savez que ça va mieux, et dès la deuxième vous savez que tout ira bien.

Pendant que je souffle sur ma cuillère, mon cerveau ramolli par douze heures de vol réfléchit lentement : et si je rate ma correspondance pour Guangzhou ? Il n'y a pas de problème, rien que des solutions : je peux toujours prendre le train express pour la gare de Hung Hom, y passer les formalités d'immigration et faire les deux heures de train à grande vitesse pour Guangzhou. C'est simple, la vie. Tant qu'on a du congee...
Ce congee-ci est fait sur une base de bouillon très riche. J'y retrouve les fibres caractéristiques de la noix de saint-jacques séchée. Ni trop liquide, ni trop épais, ni pâteux ni aqueux, finement assaisonné, il est parfait. Je me sens si réconfortée et j'ai si peu de temps que je me concentre sur le congee, délaissant les cheung fun. J'arrose le tout avec un jus de pastèque frais (non photographié mais excellent). J'ai failli rater ma correspondance mais j'ai bien atterri. Me voilà vraiment sur terre.

Pi

Arrivée à Guangzhou, à l'approche de Pan Yu, je cherche du regard l'immense pi construit en hommage à l'anneau symbole du Ciel. Une de ces réalisations immobilières chinoises contemporaines les plus WTF mais pas la moins gracieuse. Les grandes bretelles d'autoroute m'en cachent partiellement la vue. Je penserai d'abord supprimer le cliché Hipstamatic, mais tout compte fait il n'est pas si raté que ça. Le voici donc.

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17 décembre 2013

Bientôt

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Bientôt — demain en fait — je repars pour la Chine. Bientôt, après avoir passé Noël à Canton, nous retrouverons A Dai (ci-dessus), et encore une fois nous traverserons ce lac. Mais il fera sans doute plus froid que sur cette photo, prise en mai 2011.

vase

La météo n'a pas l'air bien alarmante pour cette fin décembre dans le Zhejiang, mais sait-on jamais. La maison de Dai dans les montagnes sera peut-être sous la neige, comme elle l'était quand nous l'avons découverte pour la première fois.

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 Je ne sais pas si Tan Qian sera encore là.

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 Et je ne sais pas si j'aurai la joie d'assister de nouveau à la fabrication du doufu, à partir de grains de soja cultivés à la ferme et d'eau de source. J'aimerais bien, parce que ce doufu est d'une pureté et d'une saveur inoubliables.

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Je ne sais pas si je reverrai le couperet entamer ce beau doufu frais, comme on marche sur la neige vierge.

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 Et je ne sais pas non plus si on nous servira ce doufu frais à table, mais je ne me fais aucun souci : tout sera très bon. J'espère en tout cas que j'aurai de nouveau l'occasion de goûter à ce navet d'hiver (ci-dessous), d'une finesse incroyable — la quintessence du navet. Et puis navet d'hiver vaut du ginseng, comme on dit en Chine. À bientôt ! Première escale à Canton.

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13 août 2013

Bordeaux, parce que.

 

plandeau

Parce que j'y suis pour travailler mais tout de même en vacances, fût-ce pour trois jours, parce que pour moi, les vacances, c'est être en présence de beauté. Parce que c'est la plus belle ville de France et que je manque me casser la figure à chaque pas à force de contempler partout la splendeur architecturale. Risque de torticolis à ne pas négliger non plus. Je n'y peux rien, je ne peux jamais me trouver devant le plan d'eau de la place de la Bourse sans émotion : le ciel reflété dans la pellicule d'eau, l'atmosphère de détente et de joie, les pieds heureux qui glissent sur tout ça. C'est bête, c'est juste quelques millimètres d'eau sur des dalles, mais c'est poétiquement immense. Bordeaux est une ville qui vous en met plein la vue en ayant l'air de penser à autre chose, lève le nez de ses dossiers et vous fixe sérieusement à travers ses lunettes : eh bien oui, je suis belle, et alors ?

pano

Elle trouve tout à fait normal de posséder cet ensemble unique d'architecture du XVIIIe siècle, l'ornementation lapidaire la plus délicate va de soi, et du palais Louis XV à la petite maison de vigneron toute blanche et toute simple en passant par la chartreuse médocaine dans les vignes, l'élégance est une chose qui ne se commente pas. Oui, la lumière, la couleur de la pierre, la rencontre inopinée de grandioses bâtisses gothiques dans les hautes rues étroites vous étonnent ? Vraiment, vous n'avez rien de plus original à me dire ?

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Les ciels bordelais ? Oui, bien sûr. Mais vous savez, on a ça toute l'année.

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Quatre portes et quelques fenêtres dans la seule rue des Allamandiers, dans le quartier Saint-Michel. Seuls quelques pas les séparent les unes des autres.

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fenêtres

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soupe

Et au bout de cette belle rue, une soupe berbère parfaite (3 €), épicée, acidulée, parfumée, à la terrasse du Dadès, place du Maucaillou.
(Merci à Serge Kruger pour l'info, et pour quelques autres sur la ville.)

 

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11 mai 2013

Attention, vaches inside (la traite) - Rencontres de Cambremer

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NOTE PRÉLIMINAIRE

J'aime autant vous prévenir : il y a des vaches dans ce post. Beaucoup de vaches. Alors si vous n'aimez pas les vaches (quelle idée !), allez lire autre chose. Et je continue de vous prévenir : ceci est un post de 32 photos. Alors allez vous faire un bon thé ou versez-vous un petit calvados AOC, découpez-vous une belle part de camembert également AOC pour vous mettre dans l'ambiance, et asseyez-vous confortablement.

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Pourquoi des vaches, eh bien c'est simple. C'est pour la même raison que, vendredi de la semaine dernière, à mon réveil très matinal, je contemplais le charmant paysage ci-dessus. J'étais conviée au festival de Cambremer pour y rendre compte de mon court séjour dans une ferme de production AOC. Létitia du blog Piment Oiseau faisait en même temps une expérience similaire chez Carole et Olivier Françoise, producteurs artisanaux de fromages AOC à la ferme de la Moissonnière ; Guillaume Long du blog À boire et à manger s'initiait chez Lucile et Stéphane Grandval au cidre du pays d'Auge ; Ophélie Neiman du blog Miss Glouglou barbotait joyeusement dans le poiré domfrontais de Catherine et Frédéric Pacory ; et Pascale Pla du blog Les Idées vagues de Snapulk se renseignait sur le calvados AOC Pays d'Auge de Philippe Huet, producteur à Cambremer. 

Appendice à la note préliminaire

Ce post de blog, comme ceux de mes quatre collègues (qui, les veinards, ont déjà eu le temps de bloguer copieusement et talentueusement pendant que je défrichais dès mon retour les boulots en retard, les épreuves à corriger et diverses merdouilles intempestives), fait l'objet d'un concours et sera sujet à un vote. Alors il risque de ne pas être aussi gourmand et inventif que ceux de Létitia et de Pascale, aussi gouleyant et avec autant de cuisse que celui d'Ophélie, aussi rigolo et bien dessiné que celui de Guillaume, mais en revanche il sera plein de vaches, alors votez pour moi.

Pour le vote, rendez-vous sur le site des Rencontres de Cambremer, section "C'est du vécu". Le dispositif de vote devrait être prêt la semaine prochaine ; le vote est ouvert jusqu'au 31 mai.

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Moi, j'étais chez Dominique Dutel, producteur de lait de vache normande pour les fromages AOP de la fabrique Graindorge (livarot, pont-l'évêque, camembert). Je vous présente Dominique, que je remercie chaleureusement pour son hospitalité et pour l'expérience passionnante qu'il m'a permis de faire.

02-2 Stanislas

Et voici Stanislas Dutel, son fils, dans la laiterie.

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Comme je suis arrivée de nuit, il faut attendre le matin pour voir ma première vache (pas la première vache de ma vie, c'est une façon de parler, voyons. Vous alors.) Mais je découvre la maison de Dominique pleine de vaches. Littéralement. Photos de vaches, portraits de vaches dessinés ou peints (notez la très belle gouache en bas à gauche), figurines de vaches, réveille-matin-vache, bref des vaches partout. J'aurais pu croire que des gens qui voient des vaches toute la journée pourraient avoir envie, une fois chez eux, de voir autre chose. Eh bien non. Dominique, Stanislas et leur famille ADORENT les vaches. Les métiers de la terre sont si difficiles, si peu gratifiants matériellement, qu'il est extrêmement touchant de voir des agriculteurs-éleveurs aimer ce qu'ils font et ce qu'ils soignent. Ça redonne foi dans la vie et dans l'humanité, en plus de redonner foi dans le camembert.

J'avoue que ma perception a été déformée jadis par des gens de la campagne auvergnate. En l'espèce ce vieux paysan de Saint-Pierre-le-Chastel (63) devant le spectacle de la chaîne des Puys : "Vous trouvez ça beau, vous ? Pfff. (Il tire sur sa pipe.) C'est dur à travailler. (Un silence.) La Beauce, ça c'est beau !"

Mais ici, on est en Normandie, c'est vert, c'est gras, ça "sue du cidre et de la chair" comme écrivait Maupassant, et le mieux qu'on peut faire c'est organiser l'abondance aussi bien que possible. Mais organiser l'abondance, ça demande du boulot.

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Ce sont d'autres représentations artistiques de vaches que je trouve dans l'étable. L'AOP, c'est une vocation. Les plaques de concours affichées par Dominique avouent l'excellence de son travail et la belle mine de ses vaches. Je suis favorablement impressionnée par le cahier des charges de l'AOP des fromages normands, que je ne connaissais pas en détail. Ils doivent être issus presque exclusivement de lait de vaches normandes, nourries à 100 % bonne herbe et bon foin. Le foin local est obligatoire : Dominique le produit sur place. Le petit supplément de céréales (photo ci-dessous) administré aux vaches après la traite sur leur ration de foin se compose d'avoine, d'orge et de pois. Tout en bio.

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Première partie : les Normandes sont curieuses

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Comme nos vaches normandes sont des vaillantes qui passent la nuit à l'herbage, rain or shine, il faut d'abord les amener à l'étable pour la traite. Nous sommes sur place vers 7 h 10, la traite durera près de 2 h 30.

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Les plus futées commencent à se bouger dès qu'elles aperçoivent Dominique. Peu à peu, elles se mettent toutes à avancer, bien en rang.

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Je me tiens de l'autre côté d'un petit fossé pour les photographier en marche. C'est alors que je me rends compte que les vaches normandes sont curieuses. Chacune, passant devant moi, s'arrête un instant pour me regarder. Je lis dans ses yeux une surprise placide, et puis au bout d'une dizaine de secondes, quand elle a compris qu'il n'y a rien à voir, elle se remet calmement en marche. Toutes, sans exception, marquent ce petit temps d'arrêt.

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La Normande est une vache admirable. Endurante, rustique et paisible, sa race regroupe trois populations : augeronne, cauchoise et cotentine. Elle peut avoir plusieurs types de robe (toujours, sur un fond crème, une variation de brun-rouge, de brun sombre, souvent bringé), mais elles ont toutes des lunettes sombres et une houppette plus ou moins frisée. C'est une race mixte (lait et viande), la viande est excellente et gagnerait à être revalorisée (bon goût de steak, persillé, un peu giboyeux, un peu sucré). Le lait est exceptionnel, numéro 1 en taux protéique, première race laitière française en quantité de matière utile, avec le meilleur rendement fromager. Elle est fertile, résistante, docile, facile à conduire et vit longtemps. Elle présente la meilleure rentabilité avec la marge brute la plus élevée de toutes les races laitières (données CER France et Cogedis). Son lait contribue à l'excellence de produits AOP tels que : camembert de Normandie, beurre et crème d'Isigny, pont-l'évêque, livarot, Neufchâtel, mais aussi maroilles, bleu d'Auvergne, cantal, fourme d'Ambert, saint-nectaire et beurre des Charentes-Poitou. (Ces informations étaient affichées dans la laiterie de Dominique.)

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Allez, au boulot.

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La file des vaches s'allonge vers le lieu de la traite. Les pis bien remplis vont bientôt être soulagés.

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Pendant que Dominique et son apprenti installent les premières vaches, je sors faire un tour du côté des petits veaux, dont le poil blanc absorbe les rayons du soleil levant. Ils manifestent la même curiosité que leurs mères.

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Ces deux-là se demandent si je m'intéresse à eux pour leur beauté naturelle ou pour leurs boucles d'oreille.

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Retour à la salle de traite, où les vaches attendent patiemment leur tour. 

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15 passage

Elles passent les unes après les autres sur deux plates-formes parallèles où six à huit vaches sont traites en même temps. Les plates-formes encadrent une sorte de fosse où les fermiers effectuent et contrôlent la traite.

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Les seaux de plastique contiennent des lingettes trempant dans une solution antiseptique.

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Les contraintes d'hygiène de l'AOP sont considérables, le lait utilisé étant cru. Un examen attentif des pis est obligatoire.

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Avant la traite, Dominique essuie soigneusement les tétines de chaque vache avec une lingette imprégnée de liquide antiseptique.

18 pieds

 Chaque traite prend environ sept ou huit minutes. 

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Après la traite, un liquide désinfectant, adoucissant et protecteur est appliqué sur chaque tétine.

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La traite se termine. Dominique lave tout à grande eau. "Faut être motivé pour faire ça", me dit-il. Mais le résultat est tout aussi motivant. 

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La traite terminée, les vaches bien au sec, dans la lumière du matin, prennent leur collation matinale de bon foin parfumé enrichi des quelques céréales décrites plus haut. L'insatiable curiosité des vaches normandes ne cesse de se confirmer. Nous aussi, nous allons prendre notre petit déjeuner. Mais avant, il faut nourrir les veaux.

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L'étable est gardée par deux petits chiens, tandis que le chien vacher est une chienne border collie dotée d'une pêche d'enfer, comme tous les border collies. Intelligente, fine, bien élevée quoique bondissante, elle me fait un vrai numéro de vamp.

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Le border collie est un grand séducteur, peu importe combien de vaches il a coursées ce matin-là .

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Je vous présente mon veau préféré, photographié à l'heure du petit dèj. Du bon lait chaud prélevé sur la traite, bien sûr. Dominique propose de me l'offrir. Je lui réponds que petit c'est mignon, mais plus tard, ça grandit.

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Breakfast time! Le lait est versé dans les récipients, les veaux s'abreuvent par une tétine. On n'entend plus que le gnux gnux gnux des bambins affamés.

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Certains préfèrent boire directement au seau.

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Poussez pas, y en aura pour tout le monde.

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Pendant ce temps, dans la laiterie, le lait du matin est recueilli dans la cuve et légèrement pulsé par un agitateur. Je ne résiste pas au plaisir de photographier cet océan crémeux.

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Blancheur fascinante, éclat lisse et opaque, impression de neige vierge, barattage de la mer de lait de la mythologie hindouiste. Je vous donne rendez-vous très bientôt pour la suite de ce reportage, et cette fois je vous parlerai des fromages normands AOP, des autres produits, de quelques rencontres et du festival de Cambremer.

 

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05 mars 2013

Babes in truffeland

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Après le gratin Estérelle, remontons à la source de la truffe. Me voici pour quelques jours à Cahors où je rends visite à mes amis les Pébeyre. Occasion de faire quelques portraits de truffes. Et les photos de truffes, c'est un peu comme la Twingo : à vous d'imaginer le parfum qui va avec.

sertissage

Sertissage des petits bocaux de truffe, avec leur bon jus noir qui sent bon.

bocaux

autoclaves

Voici les grands autoclaves qui servent à stériliser les conserves de truffes.

canitruf

Vous avez un chien qui n'est pas rentable ? (Peu de chiens le sont.) Voici la solution.

pèrenoël

Cher père Noël. J'ai été très sage. Pour cet hiver c'est un peu tard, mais à Noël prochain, je pourrais avoir ça ?

parure

Pierre-Jean Pébeyre nettoie les truffes, petit couteau à lame courbe en main, accompagné de sa fille Marie.

cageot

Les mots me manquent, la fin de ce post sera sans parole. On remarquera juste qu'à l'approche de la fin de la saison, les veinules blanches se font plus fines et la chair de la truffe plus sombre.

bella truffa

Morceaux

noires

 

 

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