chez ptipois

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17 août 2008

Confiture d'abricots vanillée au citron

confiture

"Et un kilo d'abricots.
— Ah non, je ne peux pas.
— Pourquoi ?
— Je ne peux pas vous les vendre, ils sont trop moches."
J'aime mon marchand de fruits.
C'est un épicier de quartier comme il y en a des centaines dans Paris, mais lui, c'est pas pareil. C'est un fou des fruits. Comme moi. Nous nous recevons 5 sur 5 à ce sujet. Spécimen assez rare pour être mentionné, il préférerait se faire laminer par tous les camping-cars descendant l'autoroute du Soleil un 31 juillet plutôt que de me vendre un seul fruit qui ne soit pas le top de sa catégorie. Bien sûr, ça a un prix. Mais mon marchand de fruits va à Rungis trois fois par semaine et il a ses adresses. C'est exactement dans cet ordre d'idées qu'avant-hier, il a refusé de me vendre un kilo d'abricots. Et pourtant, il en restait trois kilos.
"Mais vous allez bien en faire quelque chose, vous allez pas les laisser perdre !"
Il soupire, l'œil perdu dans l'immeuble d'en face (on a l'horizon qu'on peut).
"Je vais faire des confitures ! Faites-moi un prix !"
L'œil se rallume.
Pour la peine, je lui prends un kilo de pêches plates (elles sont belles cette année) et je repars bien lestée de trois kilos d'abricots qui ne m'ont coûté que deux euros. Je loue le perfectionnisme de mon marchand de fruits : ces abricots sont certes en fin de saison, certes un peu moumous, certains sont au bord du farineux, mais ils sont tout de même encore assez corrects à côté de ce que d'autres que lui n'auraient pas hésité à me vendre au prix fort. Ce sont des bergerons, très doux, certains sont mangeables tels quels. Le reste, comme je l'ai dit, ira en confiture.
Comme je devine sous cette peau veloutée, un peu fatiguée, une saveur exquise qui ne demande qu'à se réveiller au contact du sucre et de la chaleur, je décide de bien les soigner, ceux-là. Pas question de faire une confiture à la va-vite et au Vitpris. On va employer les grands moyens et la basse température. Et un ou deux tours de main de derrière les fagots.

Il est bien entendu, et vous ne devez pas en douter une seconde, que si cette confiture d'abricots n'était pas (à ma grande surprise vu la simplicité des moyens employés) la meilleure que j'aie jamais goûtée, je ne me serais pas embêtée à vous en faire un post de blog en plus du travail de confiturage et d'empotage. Considérez-vous comme gâtés, et suivez scrupuleusement mes conseils, le succès est à ce prix.

Rapidement, je rince et égoutte mes abricots. En tout, un peu plus de deux kilos. Je les dénoyaute sans trop les ouvrir, et je recueille les noyaux dans un bol. Les abricots vont directement dans ma bassine en émail.
Dans mon mortier krok thaïlandais en granit vert, à l'aide du pilon (saak), je casse un à un les noyaux, j'extrais l'amande et je la mets de côté. Quand j'ai toutes les amandes, je les concasse légèrement dans le mortier. Je les ajoute dans la bassine.
Je hache en morceaux de 5 mm environ deux gousses de vanille de Madagascar, et hop dans la bassine.
Par-dessus tout ça, 1,5 kg de sucre (sachant que j'ai 1,8 kg d'abricots dénoyautés). Et repos pendant une nuit, à température ambiante : le jus des abricots fait lentement fondre le sucre et amorce un début de confisage à froid. Cette mesure aidera les oreillons d'abricots à rester entiers à la cuisson.
Le lendemain, je prélève à l'économe le zeste d'un gros citron de Sicile (ou d'Italie, ou de Menton, mais surtout pas de citron d'Espagne). Je le taille en julienne au couteau et je le mets dans une petite casserole. Je presse le citron, je verse le jus dans la casserole et j'ajoute un peu d'eau pour couvrir. Je fais cuire le tout à petite ébullition jusqu'à ce que les zestes soient mous. Cette infusion de citron va rejoindre les abricots.
Je fais chauffer en remuant doucement pour faire fondre le sucre. À ébullition, je baisse le feu au plus doux et je laisse cuire plusieurs heures, à petit frémissement, jusqu'à ce que j'obtienne une grande quantité de sirop épais, d'un orangé profond, et des oreillons d'abricot confits et tendres mais encore entiers. Un parfum indescriptible d'abricot, de vanille naturelle et de citron confit envahit l'appartement.
Lorsque le sirop commence à épaissir, j'ajoute en un voile léger, surtout sans grumeaux, une bonne cuillerée à café d'agar-agar en poudre. Sur feu plus vif, je fais bouillotter le tout pendant 2 minutes sans cesser de tourner avec une spatule en bois. Mise en bocaux (stérilisés au four) immédiate, à ras bord, pose du couvercle à chaud, retournement des pots, on laisse tiédir et on les remet debout.
Si vous vous interrogez sur le rôle de l'agar-agar, je précise qu'il y en a juste assez pour "fixer" le sirop mais pas assez pour gélifier vraiment la confiture. Celle-ci garde un peu de sa fluidité tout en ayant de la tenue. Cet ajout, qui survient avant le point de cuisson optimal de la confiture, permet de conserver une fraîcheur de goût et d'éviter un début de caramélisation. Si vous n'optez pas pour le truc des pots retournés afin de stériliser les bocaux, couvrez la confiture "au contact" d'un rond de papier découpé trempé dans un alcool quelconque, rhum, grappa, whisky, ou — pourquoi pas puisqu'il s'agit d'abricot — un peu de barackpalinka hongrois.

Posté par Ptipois à 12:36 - Recettes - Commentaires [10] - Permalien [#]

Commentaires

  • j'ai déjà fait de la gelée avec de l'agar agar mais pas encore de confiture, à essayer donc car la tienne a l'air délicieuse!!!
    Bon dimanche!
    Pupuce

    Posté par labas, 17 août 2008 à 12:38
  • Merci!!!

    When I was a child, I loved my mom's apricot jam. I've been longing to make it, as it's uncommon to find here, so I thank you tremendously for posting such a great recipe. I will put it on my list of things to do!

    Posté par Kevin, 18 août 2008 à 05:07
  • Merci tout plein !!

    Bonjour Ptipois,

    Alors là, c'est un vrai cadeau, cette recette du diable pour confiture maison.

    Je vais la tenter, juré, promis, craché parterre !!

    Rendez-vous pour un brunch dominical à la maison avec nos pots faits maison avec le plus grand plaisir...

    Posté par La Ménagère, 18 août 2008 à 10:20
  • Ma Ménagère adorée, tu peux te lancer dans la recette, tu ne le regretteras pas. Attention pour les citrons de Sicile : tu les trouveras en magasin bio. Les agrumes d'Italie ne sont distribuées que dans ce contexte. Sérieux, ça fait vraiment une différence. J'attends ton compte rendu de confiturerie...

    Posté par ptipois, 18 août 2008 à 10:48
  • Comment vous dire, Sophie, comme j'aime vous lire?
    (Je ne me remets toujours pas du récit de la tarte comme une caresse)

    Posté par patoumi, 18 août 2008 à 19:32
  • Un petit coucou en passant.....ton histoire me fait penser aussi à mon petit primeur où j'ai l'habitude de lui acheter tous mes fruits et légumes.....il va aussi plusiers fois par semaine à Rungis, et heureusement qu'il est là pour me ramener à chaque fois ce que je lui demande !!!!!!
    Cette confiture à l'aur délicieuse ....
    A bientôt

    Posté par Sandrine, 20 août 2008 à 08:09
  • Oh un marchand de fruits comme cela, faut le chouchouter, c'est très précieux !

    la confiture a l'air divine. je fais la mienne à peu de chose près de la même façon. Ton idée de la vanille et citron est vraiment superbe !

    Et les amandes de l'abricot, c'est indispensable aussi pour donner de goût inimitable.

    Mais je lis depuis un moment que plein de bloggueuses mettent de l'agar agar dans la confiture. Je me demande bien à quoi cela peut servir: il n'y a jamais de problème de prise avec l'abricot, c'est un des fruits qui contient le plus de pectine! Pour l'avoir fluide ou épaisse, il suffit de bien régler la cuisson, ce qui n'est pas difficile.

    Posté par Marie-Claire, 20 août 2008 à 09:14
  • Perso je pratique l'agar-agar depuis bien avant l'essor de la blogosphère, ayant appris à m'en servir auprès d'un chef taïwanais. Je suis sceptique sur les confitures à l'agar-agar si le produit est utilisé comme seul gélifiant. Ici, je ne fais pas abstraction de la capacité de l'abricot à gélifier; C'est juste une *très petite* quantité d'agar-agar que j'ajoute à un certain moment pour fixer la texture du sirop et arrêter la cuisson à un point où j'estime que la saveur reste optimale. Au-delà, comme je cuis la confiture à basse température, elle risque de prendre un léger goût de caramélisation que je n'aime pas avec l'abricot. Et la couleur risque d'être trop sombre. J'utilise donc ce léger voile de gélose pour pouvoir arrêter la cuisson au point où je le désire, qui est quand même assez avancé. Cela donne une confiture qui garde une saveur très fraîche mais qui ne coule pas par les trous du pain, très important le détail...

    Posté par Ptipois, 20 août 2008 à 17:20
  • Aaah les trous du pain ! Ne m'en parlez pas

    Posté par Marie-Claire, 21 août 2008 à 12:54
  • Ah la la!!! déjà que j'adore la confiture d'abricots si en plus on me la raconte comme ça, j'avale tout le pot

    Posté par nadine, 20 septembre 2008 à 09:27

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