chez ptipois

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03 août 2009

Gastroville est de retour !

cuttle33

Petits calmars façon Mikael. Photo © Gastroville.


"Il y a quelques années, j'ai mangé des petits calmars encore vivants. Ils ne devaient pas mesurer plus de 5 centimètres et crapahutaient dans ma main. Je les ai mis dans ma bouche et je les ai croqués alors qu'ils y gigotaient encore. C'était une sensation incroyable, comme déguster l'essence même de la mer. C'est alors que je me suis rendu compte qu'on épluchait toujours un peu trop les céphalopodes avant de les manger."

Vous trouverez cet extrait dans son contexte et sa langue d'origine sur le blog Gastroville, qui vient de renaître de ses cendres.

Mikael, son auteur, est un de mes plus chers amis et une des personnes, dans le monde de la cuisine, que j'admire le plus. Gastronomiquement parlant, je le range dans une catégorie que j'ai créée pour lui tout seul : celle du Viking culinaire. Je veux dire par là : conquérant viking, le type qui s'embarque sur son drakkar sous la neige scandinave avec canif, sel et poivre pour aller cueillir ce qu'il y a de meilleur sous les latitudes plus tièdes du globe terrestre, avec une prédilection pour la Méditerranée : côte ligurienne, provençale, catalane, amalfitaine, maltaise, you name it. Ainsi que la côte basque qui est aussi un sacré pays de Cocagne pour gourmands. Ses ancêtres (et les miens, dans une certaine mesure, vu mes origines normandes) ont bien conquis la Sicile. C'est peut-être d'ailleurs un peu par le normandisme que je communie avec sa vision du monde : à travers lui, je comprends un peu mieux pourquoi les Normands sont ce qu'il sont.

Mikael conquiert les meilleurs produits, je dis bien les meilleurs (je connais des chefs étoilés qui lui jalousent son carnet de fournisseurs), les déguste, les commente, les décrit de sa plume, les débusque comme tourteaux sous roche, les tire au crochet et ne leur laisse aucune chance — puis il vous fait goûter, et ensuite passe le reste du temps à dire que tout le reste is crap. Quand je dis viking, ce n'est pas une figure de style : non seulement parce que Mikael est suédois, mais parce que c'est un ouragan : partout où il passe, le produit le plus délicieux, le restaurant le plus atypiquement sublime, la spécialité la plus parfaitement réalisée agite le drapeau blanc. On a concédé le duché de Normandie pour moins que ça.

Je partage avec Mikael beaucoup de ses passions et un peu (mais pas tout) de ses intransigeances. Il sait où trouver ce qui est bon, ce qui est mieux que bon, ce qui est au-delà de toute description qualitative. Il cuisine comme un dieu, photographie de même, et assortit tout cela d'un humour caustique qui fait plaisir dans un monde comme celui de la cuisine où règne toujours un peu trop d'esprit de sérieux. Mikael est quelqu'un de beaucoup trop sérieux pour se prendre au sérieux et affecter des poses. Comme vous pouvez le lire dans l'extrait par lequel débute ce post et qui le résume dans les moindres détails, avec lui c'est du brut, du cru, du réel. Passer un peu de temps avec lui est rafraîchissant quand on sort de discussions oiseuses sur des sujets culinaires tels que tradition et modernité, innovation et classicisme, "jeune cuisine qui bouge" (et quand elle s'arrêtera de bouger, on pourra peut-être y planter sa fourchette ?), et toutes sortes de billevesées qui nous éloignent toujours plus de l'essentiel. Avec Mikael, c'est toujours l'essentiel et rien d'autre. Et quand il ajoute un ingrédient pour faire un accord, c'est toujours le strict minimum et c'est exactement ce qu'il faut.

Parfois je trouve que Mikael va trop loin, je n'arrive plus à le suivre. Franchement, je le suis généralement plus loin qu'une bonne partie de mes concitoyens qui s'intéressent à la cuisine — tout le monde n'est pas d'accord avec Mikael, loin s'en faut, il en frotte pas mal dans le sens opposé au poil, et l'humour viking dans ces cas-là n'arrange rien —, mais quand il m'arrive d'être en désaccord avec lui, j'arrête tout, je fais une pause, je réfléchis, je compare, j'étudie le problème et surtout je goûte. Et là je me rends compte qu'il a raison. Qu'il a pratiquement toujours raison, même si sa raison exige une intégrité et une pureté parfois hors de portée de nos actions quotidiennes. Soit il a entièrement raison, soit je nuance sa position mais sa direction est toujours bonne. Parfois, il va réellement trop loin, mais il y a toujours quelque chose de juste dans sa démarche. Je reconnais à certaines occasions que c'est moi qui accepte plus de concessions que lui, car, ainsi que le disait Bachelard, "je ne vis pas dans l'infini, parce que dans l'infini on n'est pas chez soi". Le fait de vivre dans l'infini ne pose aucun problème à Mikael, il y est chez lui, et moi un peu moins. C'est ainsi. Mais je suis entièrement solidaire de sa démarche, de toutes ses démarches, qu'il s'agisse de recherche de produits, de préparation de nourriture, ou, plus largement, de la bonne façon de manger. Et nous attendons tous deux la PETA avec nos masses d'arme. S'il n'y avait qu'eux !

Gastroville, après une longue période d'éclipse, est de nouveau en ligne avec des articles tout neufs. Découvrez-les, découvrez le "style Mikael", je vous le recommande. Mais je décline toute responsabilité pour les fringales insensées que pourraient provoquer en vous ses photos de produits marins et de diverses autres préparations. Moi-même, je mangerais bien un morceau.

Posté par Ptipois à 11:53 - Propos de table - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Donc Mikael est suédois (ça j'aime)...
    Mikael va trop loin parfois (ça me changera de mes "niaiseries" culinaires )
    Mikael a un blog (je file le découvrir de ce pas )...

    Posté par Garance, 03 août 2009 à 18:00
  • Non merci

    Désolée mais si le personnage est franchement singulier et attachant, son blog ne m'aura pas fait saliver ni n'aura sucité de fringantes fringales marines ou non !!! Mais bon j'aime beaucoup ton blog par exemple.

    Posté par elle, 09 août 2009 à 15:44

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