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29 septembre 2009

Quitter l'Occident

fletr

Anxi, Fujian : brassage du thé en cours de flétrissage.

Et voilà, c'est reparti. Je pompe pour l'occasion la une d'un récent Philosophie magazine que je n'ai pas ouvert (la formule me suffit). Vous vous souvenez peut-être du village onirique d'octobre 2008. Récoltes de thé obligent, j'y retourne dès ce soir. J'ai pleine conscience de ma chance.
"Quitter l'Occident", c'est plus que des mots. C'est une réalité qui creuse, progressivement, son empreinte en moi. C'est, au strict plan des mots, entériner une division du monde à laquelle je ne crois plus depuis longtemps. Mais c'est surtout m'abstraire de la version contemporaine, devenue folle, de cette même division, c'est-à-dire du camp d'entraînement géopolitique et intellectuel qui entend se définir comme "Occident" et que je rejette intérieurement de plus en plus. Non que je prétende que d'un côté tout est rose et de l'autre tout est noir — très loin de là. Je crois en revanche à la condition mentale malade de ceux qui persistent à vouloir cloisonner le monde selon des critères de pouvoir et de vertu généralement offusquée (omettant bien sûr de balayer devant leur porte). À ceux qui érigent au rang de principe divin la dialectique de la paille et de la poutre. Aux donneurs de leçons universels. À ceux qui, s'accrochant à leur magistère illusoire et périmé, s'enferment graduellement dans un autisme mortifère. Au règne de l'étroitesse qui se permet de juger, tous azimuts, la grandeur. À une zone culturelle qui attend, vraisemblablement, pour se régénérer que ses couches les plus basses se soulèvent et éliminent celles qui occupent, usurpent la surface visible. Je vais fuir quelque temps cette zone pour me retrouver dans la conscience de l'avenir. Quand je vais en Asie, où que ce soit, j'ai l'impression de franchir quelques années. Quand je rentre chez moi, celle de revenir quelques années en arrière. Je vais séjourner dans des montagnes où la vie, à peu de chose près, n'a pas changé depuis un siècle, voire pour les grandes lignes depuis des siècles (ils ont la télé, mais ils la regardent très peu. Vous avez bien lu : ils la regardent très peu), et quand j'y vais, je me sens aller vers le futur. Allez comprendre ! En réalité c'est très simple à comprendre.
Ce blog sera mis à jour en fonction des facilités de connexion, autant vous dire qu'à Anxi il faut profiter des escapades au cybercafé du village voisin, après avoir enjambé les bâches de thé nouvellement récolté et évité les poules qui caquètent dans la rue. Mais la première semaine se passera à Guangzhou, la troisième aussi. À bientôt donc.

roulage

Roulage mécanique du thé à Anxi.

Posté par Ptipois à 11:12 - En voyage - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

  • Bon vent

    Ma chère Sophie,
    que j'aime te lire... je te souhaite bon vent et beaucoup de bonheur, car c'est si simple et ça tient à si peu de choses. Il suffit simplement de savoir où le trouver, et apparemment ça tu l'as bien compris,
    julie, cuisinière nomade !

    Posté par julie, 30 septembre 2009 à 22:39
  • Sophie, I have just finished translating your beautiful post. I await for your report from the land of centuries past.
    u.e.

    Posté par ulterior epicure, 02 octobre 2009 à 03:48

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